24/01/2011

Voilà pourquoi la droite voulait le DETEC

Avec la présentation des propositions de D. Leuthard, nous venons d'assister à un bel exemple de distorsion de concurrence entre les transports publics et le transport privé, même si le discours officiel prétend que tout le monde participera à l'effort de façon équitable et équilibrée: d'un côté on parle de doubler le prix de la vignette et de renchérir le prix de l'essence de quelques centimes, de l'autre on se rend compte (pas grâce au discours de Mme Leuthard d'ailleurs) que les prix des transports par le rail vont augmenter de 50%.

Alors reprenons:

  • doublement du prix de la vignette: à première vue, cela semble une mesure très défavorable à la voiture, une vignette qui DOUBLE son prix. Mais dès que l'on y regarde de plus près, on ne parle que de 40.- par année, soit pour une voiture de classe moyenne, une augmentation du budget de 0.04 % (en admettant qu'une telle voiture coûte environ 10'000 CHF par an, amortissement compris)
  • augmentation du prix de l'essence: on parle de 10cts par litre si je ne m'abuse. cela représente une augmentation de 6,5 % sur le seul prix de l'essence, donc une augmentation de très approximativement 1% sur le budget annuel (calculé sur 15'000 kms par an avec une voiture consommant 7l. aux 100 kms).

Donc le rail va augmenter de 50% et la route va augmenter de 1,04% (estimation en l'état actuel des connaissances). Cherchez l'erreur !

Entre la relance du programme nucléaire et ce scandaleux avantage donné aux transports privés on comprend mieux pourquoi Mr. Leuenberger donnait des insomnies aux milieux qui ont favorisé le "putsch" de Mme Leuthard à la tête du DETEC.

Mr. Leuenberger n'était sans doute pas un Ministre très spectaculaire dans son action, mais que savons-nous des obstacles auxquels il a été confronté et du rempart qu'il a pu représenter contre ces mesures scandaleuses. Et une fois de plus c'est la classe moyenne qui n'a soit pas les moyens de se payer une voiture (ou en tout cas une deuxième voiture) ou qui a fait le choix des transports publics pour une raison ou une autre qui devra supporter le poids le plus lourd de ces mesures d'un aveuglement coupable.

Aujourd'hui nous savons que les Ministres de notre pays (et de tous les pays occidentaux d'ailleurs) adorent pérorer sur la protection de l'environnement, mais que dès qu'il faut prendre une décision, elle est toujours en faveur de ce qui pollue le plus (la voiture, le pétrole), de ce qui est le plus dangereux pour les générations futures (le nucléaire) et de ce qui rapporte le plus à l'économie privée dont la puissance des lobbies n'est plus à démontrer. Nous allons finir par amèrement regretter Mr. Leuenberger !

21/01/2011

Où conduit la Révolution tunisienne ?

Force est de reconnaître que ces dernières décennies, dans le Monde arabe, nous n'avons assisté qu'à deux tentations extrémistes, la dictature (politique et/ou militaire) et l'extrémisme religieux.

La Société tunisienne, en renversant la dictature mafieuse et corrompue de Ben Ali (ce constat est unanimement accepté) saura-t-elle trouver une autre voie et évitera-t-elle de retomber dans les ornières de l'Histoire ? C'est une grande et grave question pour la Tunisie, pour le Monde arabe, pour l'Europe (au vu de sa proximité géographique et des liens tissés de longue date) et pour le Monde, tant les soubresauts et les profonds déséquilibres de ces Sociétés peuvent affecter le reste de la Planète.

Ce matin, à la RSR, j'ai entendu un intervenant tunisien dire que les Sociétés arabes avaient toujours besoin d'un Père, d'un Guide. Si c'est vrai, alors le danger est grand de voir rapidement la Tunisie remplacer un Père abuseur et tyrannique par un autre Père tout aussi abuseur et tout aussi tyrannique. Alors d'où vient ce besoin au fond immature ? Cela viendrait-il de la Religion ? Une Religion qui interdit aux simples citoyens de réfléchir de façon critique au sens de la vie, au sens et à l'origine des Ecritures (toute remise en question est un blasphème et tout blasphème mérite la mort, comme on l'a vu ces derniers jours au Pakistan) est-elle une Religion qui conduit à la Liberté, celle justement que les Tunisiens appellent de toutes leurs forces ?

L'Europe a aussi eu ses bûchers de l'Inquisition. Ils ont fait frémir l'Europe d'une onde de "Sainte" Terreur. Et puis il y a eu le siècle des Lumières. Cela a été la Révolution européenne contre la tyrannie religieuse. On croyait en avoir fini avec la Terreur, on croyait en avoir fini avec l'obscurantisme des idées et la dictature d'un petit groupe d'élus sur le plus grand nombre.

L'Histoire européenne nous a montré depuis qu'elle n'a pas été avare de nouvelles abominations: nous avons eu droit au communisme qui a rapidement dérapé dans ses versions stalinienne et maoïste et au nazisme, deux monstruosités qui ont ravagé l'Europe et le Monde. Quand enfin nous avons réussi à nous libérer de ces abominations (sauf en Chine) on pensait qu'un Monde nouveau nous était offert et que cette fois, vraiment, nous serions libres de tout ce qui nous avait asservis jusque-là.

Deux décennies après la chute du mur de Berlin où en sommes-nous ? En ce qui me concerne, je suis consterné de voir que c'est encore une fois raté. Aux tyrannies clairement identifiées et identifiables, aux tyrannies incarnées par des leaders charismatiques (qu'ils se soient appelés Suzerain, aristocrates, Roi, Empereur, Führer, Petit Père des Peuples ou Grand Timonier), a succédé une nouvelle forme de tyrannie, beaucoup plus pernicieuse parce qu'anonyme. A la dictature des Systèmes politiques ou Religieux a succédé la dictature économique, celle des tout-puissants "Marchés", celle de l'économie libérale, celle des Conseils d'administration où s'active un petit noyau de gens, toujours les mêmes, qui règnent en Maîtres sur le Monde. La grande différence est que ces nouveaux Maîtres du Monde sont anonymes, cachés au sein des sphères les plus anonymes de notre économie mondialisée. De là, ils tirent les ficelles, toutes les ficelles:

  • un jour ils nous imposent la dérégulation de l'économie
  • le lendemain ils nous font miroiter les bienfaits de l'ouverture des frontières aux produits manufacturés (on n'a pas le temps de réaliser ce que cela veut dire que déjà des millions d'emplois sont délocalisés en Chine et en Inde)
  • puis ils s'attaquent à nos assurances sociales et reprennent tout ce que 2-3 décennies de revendications syndicales avaient réussi à répartir plus équitablement
  • ils nous imposent une filière agro-alimentaire produisant une alimentation totalement dénaturée et dangereuse pour la santé
  • ils spéculent sur les denrées alimentaires ou sur l'Immobilier
  • provoquent la crise des subprimes et obligent nos Etats à rembourser le prix de leur folie
  • organisent une panique mondiale autour de la grippe H1N1 pour obliger nos Etats, complaisants, à acheter pour des milliards de $ de doses de vaccins (Il faut bien embellir les bilans des grands groupes pharmaceutiques)

Pendant que cette dramatique sarabande a lieu, nous, simples citoyens, sommes gavés de Télé-Réalité, de spectacles de starlettes dénudées et de sportifs bodybuildés et anabolisés dans un grand show planétaire savamment organisé. Les Romains, précurseurs, avaient inventé ce concept :  "du pain et des jeux". L'économie marchande le pousse à ses extrêmes, générant profits mirifiques  et anesthésie des consciences.

Vous pensez que j'exagère, que cela sent les légendes urbaines à plein nez, que tout ceci n'est qu'une nouvelle version du soi-disant grand complot mondial ? Alors essayez de répondre à 2-3 questions et constatations :

  • Pour ceux qui ont l'âge de l'avoir vécu, au lendemain (et il faut prendre ce mot dans son sens littéral) de la chute du mur de Berlin et de l'explosion de l'Union soviétique, les changements dans notre tissu économique (pour faire court: le libéralisme économique et la mondialisation) se sont faits à une vitesse extraordinaire, de manière coordonnée et concertée dans toutes nos économies et dans toutes nos entreprises (ne serait-ce que parce que depuis quelques années déjà, c'était ce que l'on enseignait dans nos Facultés de Sciences économiques). Ce remarquable ensemble n'était-il que le fruit du hasard?
  • Toujours au lendemain des mêmes événements, partout, dans les Parlements de toutes nos démocraties, les mêmes Lois ont été proposées pour s'attaquer à l'Etat social, redistribuer les richesses en faveur des plus riches, diminuer les impôts des entreprises au motif qu'elles pourraient créer plus d'emplois si l'Etat leur redonnait leur liberté d'entreprendre (on sait, depuis, à quelles extrémités le chômage en est arrivé)
  • Dans tous nos pays, en même temps, nous avons entendu le même discours, répété ad nauseam, qui s'attaquait aux fondements de l'organisation de nos Sociétés. Nous venions de vivre une parenthèse historique dans l'Histoire: pendant 3 décennies, la répartition des richesses (au sein du monde occidental) s'était faite dans le respect de la dignité de chacun (mais cela ne s'était gagné que par des luttes syndicales homériques)
  • Combien de médias sont aujourd'hui dignes d'être encore qualifiés de 4ème pouvoir? Partout les Lois du Marché ont permis leur concentration dans les mains de quelques patrons avisés et désireux de les utiliser pour promouvoir leur agenda: il n'est que de citer Rupert Murdoch, omniprésent dans le monde anglophone et Silvio Berlusconi en Italie pour se rendre compte à quelles extrémités nous en sommes arrivés. Pouvez-vous citer un média (sous quelque forme que ce soit), d'une certaine importance, dans le monde occidental, qui ait encore le temps, les moyens et l'indépendance nécessaires pour faire un vrai journalisme d'investigation?
  • Est-il normal à votre avis que ce soit l'économie privée qui dicte les Règles à nos Etats ruinés (je pense par exemple à la si importante procédure d'autorisation de mise sur le marché d'un nouveau médicament qui est, de nos jours, faite par les Laboratoires eux-mêmes)?

Alors, pour en revenir à la Tunisie, je suis vraiment impressionné par la maturité politique d'un Peuple pourtant privé de débat démocratique depuis si longtemps. En particulier par ces Comités populaires spontanés qui se sont dressés dans les quartiers pour défendre leur Révolution. Je souhaite de tout coeur à ce pays de pouvoir échapper à la tyrannie d'un nouveau Père fouettard. Mais s'il évite cet écueil, saura-t-il éviter celui dressé par les nouveaux Maîtres du Monde ?

La Terre et les Terriens, en 2011, sont pris en tenaille entre deux capitalismes, celui anonyme de nos Conseils d'administration et celui d'Etat à la mode chinoise (pensons, entre autres, à toutes ces terres arables achetées ou louées pour 99 ans par la Chine à des pays pauvres). Deux perspectives aussi enthousiasmantes l'une que l'autre.

02/01/2011

De quoi parle-t-on ?

Maintenant que les scories des votations sur le renvoi des criminels étrangers sont un peu retombées, il est peut-être enfin possible de «parler» de ce sujet avec un minimum de mesure et une plus juste mise en perspective.

Je dis bien «peut-être», car dès que l'on aborde ces sujets, il semble que l'intelligence s'arrête de fonctionner et que l'émotionnel prend possession de tout le champ de conscience. Que n'a-t-on pas en effet entendu avant, pendant et après ces votations. L'UDC était une fois de plus comparée à un Parti de chemises brunes et le Peuple suisse, dans le meilleur des cas, à une bande d'imbéciles facilement manipulés par des gens sans scrupules.

Rappelons une fois de plus que le texte de l'initiative portait sur le renvoi des CRIMINELS étrangers. Or, à entendre certains, on avait vraiment l'impression que les Suisses s'étaient exprimés pour renvoyer TOUS les étrangers, dans un grand élan xénophobe. Pourtant, également entendu pendant les débats autour de cet objet, à population égale, la Suisse (pays soi-disant si «fermé») naturalise plus que les Etats-Unis (pays que l'on croyait champion toute catégorie dans ce domaine).

Comment mener un débat démocratique si l'on bascule constamment dans le psychodrame, le mensonge et la manipulation ? Si vous vous rendez au square de votre quartier et que dans le bac à sable un petit se met à frapper les autres enfants, y compris le vôtre, quelle sera votre réaction ? Allez-vous le regarder tabasser votre enfant en pensant: «le pauvre, il doit avoir une enfance perturbée ?» Non, je pense que vous allez faire en sorte de mettre fin à ce comportement, au besoin en expulsant cet enfant du bac à sable. Et vous aurez parfaitement raison.

La Suisse n'est pas xénophobe. Mais je pense que beaucoup de Suisses (et d'Européens qui n'ont pas les moyens démocratiques de s'exprimer) sont excédés de voir que certains comportements ne sont pas sanctionnés. Fatigués de voir des dealers se livrer ouvertement à leur trafic au milieu de nos villes et que la pire sanction qu'ils encourent est celle de passer quelques heures au Poste de Police avant d'être relâchés dans la nature. Fatigués de voir certains venir demander à bénéficier d'un statut de réfugié pour finalement refuser toute forme d'intégration. Heureusement, ces abus dans le droit d'asile ou ces comportements déviants ne concernent qu'une petite frange des immigrés. Mais le fait que cela concerne relativement peu de personnes ne signifie pas que l'on doive rester impuissant face à elles.

C'est une vraie difficulté pour nos Sociétés. Et visiblement aucun de nos Pays n'a trouvé la solution miraculeuse. Alors je me demande comment résoudre ce problème de plus en plus pressant ?

Une possibilité serait que nos Pays établissent une sorte de cadre ou plus précisément une sorte de «Contrat», permettant aux uns et aux autres de vivre ensemble. Je trouve qu'il serait sain et légitime d'établir une sorte de «Contrat» qui définirait clairement, dans un langage compréhensible par tous, les Droits et les Devoirs de chacun. La Société évolue, et très rapidement. Ce Contrat, entre nous et les immigrants, manque visiblement. En gens raisonnables, nous devrions être capables de nous mettre d'accord sur un ensemble de valeurs qui devraient être le socle commun de nos démocraties (ce devrait être le rôle de la Constitution) et de proposer ce pacte à ceux qui viennent chercher un refuge politique, religieux ou une nouvelle chance sur le plan économique. Il n'y a rien de scandaleux à cela. Et les comportements criminels ne sont certainement pas en accord avec ce socle commun.

L'autre difficulté, dans ce débat sur de vraies questions de Société, sont les réactions d'une partie de la classe politique et des intellectuels de nos pays. En gros je les regroupe en 2 grandes catégories :

  • celle de ceux qui sont prompts à jeter l'anathème à la face de ceux qui osent exprimer certaines problématiques. Immédiatement les mots outranciers sont jetés dans le débat: racisme, xénophobie, fascisme, propos nauséabonds, retour des Chemises brunes, etc..
  • celle de passablement de politiciens qui prétendent reconnaître la réalité de la criminalité, et qui finissent systématiquement leur discours par un «mais». Un «mais» qui veut bien évidemment dire qu'ils n'entreprendront rien (car penser que l'on réglera la criminalité dans nos pays en réglant les problèmes sociaux, politiques, économiques et religieux des pays pourvoyeurs d'immigrants revient à dire qu'il ne se passera rien de significatif avant un ou deux siècles).

Un «Contrat» qui devrait être endossé et signé par les immigrants permettrait de nommer les choses qui dérangent et de faire un pas en avant constructif vers un mieux-vivre ensemble.