13/09/2010

Les limites de l'intégration de la Turquie en Europe

J'ai eu l'occasion d'entendre l'émission de la RSR, le «Grand-Huit», du mardi 27 juillet (je sais, c'est un peu daté, mais la problématique est, et restera, actuelle pendant encore des lustres) et j'ai été stupéfait par les propos incroyables de candeur (?) de M. Andreas Gross (Conseiller National) comparant les relations du gouvernement turc avec sa religion à celles de Mme Angela Merkel avec la sienne. 

Ce Monsieur, jusqu'à preuve du contraire, est un homme intelligent et parfaitement informé. Il est un vieux routinier de la vie politique et siège dans plusieurs instances suisses et internationales. A partir de là, ses remarques sont simplement ahurissantes, car tout le monde a entendu les propos de M. Erdogan (Premier Ministre) en décembre 2007 : «Les mosquées sont nos casernes, les croyants nos soldats, les coupoles nos casques, les minarets nos baïonnettes». J'imagine que M. Gross a pu lire ou entendre ces propos aussi bien si ce n'est mieux que moi. A contrario, a-t-il jamais entendu Mme Merkel tenir des propos guerriers concernant sa religion ? J'en doute fort et c'est un euphémisme bien évidemment. Alors qu'est-ce qui fait que ce Monsieur a décidé d'être sourd et aveugle à certaines réalités ? Je ne peux bien évidemment pas répondre à sa place, mais il a perdu beaucoup de sa crédibilité à mes yeux.

 Pour ma part, je suis contre l'adhésion de la Turquie à l'Union Européenne (une adhésion aurait de profondes répercussions sur la Suisse) tant qu'elle n'aura pas clarifié une fois pour toutes ses relations avec la religion. C'est un pays encore laïque, certes, mais les tentations sont de plus en plus fortes de le faire basculer vers un islamisme beaucoup plus militant (les propos de M. Erdogan sont très clairs à ce sujet). Et si cela arrivait alors que la Turquie était dans l'UE, elle représenterait un danger mortel.

 Donc plutôt que de mener des négociations à rallonge avec ce pays, de lui imposer sans arrêt de nouvelles exigences (tout cela dans le but, selon certains, de perdre du temps et de remettre son entrée dans l'UE aux Calendes Grecques), soyons clairs avec ce pays et ses habitants. Disons-lui ce qui nous préoccupe, parlons le langage de la vérité, exprimons clairement qu'une Turquie laïque pourrait être acceptée dans l'UE, mais qu'à la seconde où elle basculerait dans le camp des islamistes elle en serait automatiquement exclue (à l'Europe d'inventer ce mécanisme totalement inédit). Et exigeons que le Peuple turc soit consulté par référendum (avec vote obligatoire) sur sa vision des rapports entre l'Etat et la Religion, avant toute adhésion à l'UE et que cette vision soit inscrite dans la Constitution.

Ce mécanisme devrait permettre à l'UE de se protéger de l'évolution préoccupante d'une partie de la population et de la classe politique de ce pays. Et cela aurait le mérite de la clarté et permettrait un débat assaini car reposant sur des problématiques clairement établies et exprimées.

18:58 Publié dans Politique internationale | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : politiqueeuropeturquie | |  Facebook

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